Jean Roubier et les écrivains

 

Sa rencontre avec l’écrivain Georges Duhamel, futur académicien, est décisive. Les Roubier et les Duhamel, malgré la différence d’âge, partagent de nombreuses passions communes, dont la musique et la littérature. Jean Roubier et Georges Duhamel ont tous les deux participé à la première guerre mondiale. Jean Roubier a été blessé et Georges Duhamel y a fait ses premières armes comme médecin, chirurgien de guerre.

 

A la rentrée 1932, Georges Duhamel qui a alors 48 ans, encourage très vivement son cadet Jean Roubier à devenir photographe et le recommande chaleureusement auprès de ses amis et confrères du monde littéraire et artistique. A tel point que lorsque le magazine « Toute l’Edition » fait paraître un article sur Georges Duhamel le 1er octobre 1932, intitulé « le laborieux été de quelques écrivains », celui-ci est illustré à la « une » par une photo de Jean Roubier, qui réalise pour l’occasion le fameux portrait de Georges Duhamel à la flute.

 

A notre connaissance, il s’agit bien de la première photo de Jean Roubier ayant fait l’objet d’une publication dans un magazine de presse. Cette première contribution au journal « Toute l’édition », un magazine spécialisé dans l’actualité du monde littéraire, sera très rapidement suivie par quantité d’autres.

 

Entre octobre et décembre 1932, Jean Roubier réalise de nombreux portraits, dont ceux de Simone RATEL, du professeur PICCARD, de François MAURIAC, d’Irène NEMIROVSKY… Impossible de ne pas y voir l’amical soutien de Georges Duhamel qui lui ouvre les portes de nombreux journaux, parmi lesquels « la femme de France », « Eve », « Les Annales », « Minerva », etc…

 

C’est aussi à cette époque, dans cette fin d’année 1932 que s’engage leur collaboration autour de la confection du livre « l’Humaniste et l’automate ».

La réalisation, le choix, le traitement des 32 images qui composent cet ouvrage ont certainement demandé plusieurs mois de travail avant son impression en mai 1933. La variété des illustrations retenues pour le livre l’amène sur tous les fronts de la photographie. Non seulement le choix des sujets est très large, villes, campagne, portraits, macrophotographie, instantanés, etc… mais pour chacun d’eux, le choix du cadre, de la profondeur de champs, des effets spéciaux, est d’une extrême exigence. La parution de « L'Humaniste et l'automate » en 1933 anoblit la pratique photographique de Jean Roubier en la présentant au public.

 

Si Jean Roubier cultive son indépendance par  rapport aux groupes de photographes professionnels contemporains, il fréquente néanmoins l'agence  Alliance  Photo à partir  de 1935. En 1938, il est également membre pendant quelques mois du groupe «   le Rectangle » initié par Emmanuel Sougez et rejoint par une douzaine de photographes de renom, dont Pierre Jahan, Pierre Adam, Philippe Pottier, Marcel Arthaud, Serge Boiron, René Servant…

 

En 1936, il réalise trois portraits de Louis Aragon qui vient de recevoir le prix Renaudot pour « les beaux quartiers » publié chez Denoël afin d’illustrer un article paru dans « La revue du médecin » du mois de décembre. Il photographie également Maxence Van der Meersch, Joseph Peyré, Leo Larguier, Joseph Henri Rosny, Paul Neveu, Gaston Chérau et Roland Dorgelès.

 

258 reportages sur le monde artistique et littéraires sont aujourd’hui disponibles, avec en particulier de nombreux portraits d’écrivains, tels que Jean Cocteau, René Crevel, Francis Carco, Eugène Dabit, Jean Mermoz, Jean de Brunhoff, Léon-Paul Fargue, Paul Fort, etc… (liste complète sur le site www.jeanroubier.com).

 

Lieux emblématiques, illustrations de livres, commémorations d’auteurs et photos d’ateliers, vont faire partie du quotidien du travail photographique de Jean Roubier pendant presque 10 ans.

En 1943, il rejoindra la Résistance à travers le réseau Gallia et mettra ses compétences de photographe et son laboratoire au service de la reproduction de plans et à la confection de microfilms destinés aux troupes alliées.

 

A la Libération de Paris, en août 1944, il suit Georges Duhamel dans les rues de la capitale et l’immortalise aux côtés de Paul Valéry. Dès lors, Jean Roubier voyage à travers toute l'Europe, s'attachant à rechercher dans  la mémoire européenne ce qui  fonde son histoire, sa littérature, sa musique, ses technologies, son architecture et sa sculpture, mais, c’est sans doute grâce à sa participation à l’aventure de « l’Humaniste et l’automate », que Jean Roubier est considéré aujourd’hui comme un des premiers photographes « humanistes ».